Le logement avec services de soutien pourrait être l’antidote à l’itinérance

par | Jan 14, 2021 | actualités inclusion sociale

La lutte pour obtenir du logement abordable n’est souvent qu’un défi parmi tant d’autres pour plusieurs Canadiens et Canadiennes. Pour ceux qui ont des problèmes de dépendance à l’alcool ou aux drogues, des incapacités psychologiques ou physiques ou qui se butent à toute autre barrière psychosociale, le logement social n’a, au mieux, que l’effet d’un pansement. Le logement avec services de soutien améliore les chances de succès à long terme de ses résidents en les aidant à surmonter des problèmes qui contribuent à leur précarité. À Toronto, plusieurs organisations ont joint leurs forces pour consolider ce secteur, grâce à l’appui financier du Centre.

«C’est l’endroit où je suis devenue sobre », a raconté Ramona, une résidente de l’hôtel Bell, à la Winnipeg Free Press en décembre. « Enfin. Au moins, j’ai été sobre la plupart du temps », a-t-elle affirmé dans un article qui mettait en lumière la transition de l’ancienne maison de chambre en établissement de logement avec services de soutien. « Ces gens sont vraiment aidants. Je leur dois ma vie ».

Ramona lutte contre la toxicomanie et la schizophrénie. Tout au long de sa vie, elle a vécu de longues périodes d’itinérance. Même si l’histoire de Ramona est unique, elle n’est qu’un grain de sable dans le paysage aride du logement avec services de soutien.

L’hôtel Bell est un établissement où des services d’assistance sont prodigués à la communauté qui y réside. Il est exploité par Main Street Project, un refuge pour sans-abris sans but lucratif. L’hôtel Bell utilise l’approche « Logement d’abord », qui considère l’itinérance dans une optique axée sur le rétablissement, en mettant l’accent sur des services de soutien qui aident les résidents à s’adapter et à réintégrer la société.

Comme l’explique le Homeless Hub : « être logé n’est pas une situation qui doit être conditionnelle à un niveau de préparation ou au “respect d’exigences” (la sobriété, par exemple). Cette intervention est plutôt axée sur les droits et est enracinée dans la philosophie selon laquelle tout le monde mérite d’être logé, et que d’avoir un logement adéquat est nécessaire au rétablissement. »

Guérir chez soi

Le logement avec services de soutien (parfois appelé « logement supervisé ») — qu’il soit pour une période de transition ou permanent — est une solution pratique qui aide certaines personnes parmi les plus vulnérables de la société à s’engager et à rester sur le chemin du rétablissement, tout en réduisant les coûts globaux des soins. Il comprend une gamme d’approches, incluant des projets de logement ou des programmes de subventions aux loyers et des services de soutien effectués lors de visites à domicile. L’intensité du soutien offert varie elle aussi en fonction des besoins uniques de chacun et peut inclure des services de consultation, de la gestion de cas, du soutien du revenu et de l’assistance et/ou de la formation sur les aptitudes de vie quotidienne.

« Le logement avec services de soutien est parfois la seule solution qui permet aux personnes les plus vulnérables de nos communautés d’avoir un toit de façon permanente », observe Luc Labelle, chargé de programme au Centre de transformation du logement communautaire. « Les problèmes de santé mentale peuvent isoler une personne de plusieurs façons et lui faire perdre son chez-soi. Fournir des services dédiés et des équipes qui sont formées pour prendre en charge des situations qui sont complexifiées par des problèmes de santé mentale fait une immense différence dans la façon dont une personne peut se sentir chez elle et en sécurité. »

De façon peut-être plus importante encore, le logement avec services de soutien permet aux personnes de vivre et de guérir dans la communauté. L’approche a fait ses preuves : un large corpus de recherches a démontré que le logement avec services de soutien est une solution à long terme pour les personnes qui vivent des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et d’itinérance chronique. Une étude en particulier a enregistré un taux de rétention en logement de 84,2% sur une période de trois ans, alors qu’un autre programme, étudié en comparaison, montrait un taux de seulement 59,6% sur une période, plus courte, de deux ans.

Pourtant, selon l’Association canadienne pour la santé mentale, il existe seulement 10 000 logements avec services de soutien en Ontario, alors que, uniquement à Toronto, plus de 14 000 personnes sont sur la liste d’attente Access Point pour obtenir des services. Reconnaissant qu’il y a un besoin urgent pour le logement avec services de soutien à Toronto, plusieurs organismes ont collaboré pour créer le Toronto Supportive Housing Growth Plan (le Plan de croissance du logement avec services de soutien à Toronto, ou « le Plan de croissance »), qui avance comme message central que l’itinérance devrait être rare, brève et non récurrente.

Un sérieux coup de pouce

« Il y a environ 10 000 personnes en situation d’itinérance à Toronto chaque jour, et des milliers sur la liste d’attente pour du logement avec services de soutien », dénonce Gautam Mukherjee, le directeur général de Mainstay Housing, la plus grande organisation de logement sans but lucratif de Toronto. « En même temps, les organisations sans but lucratif ont développé très peu de nouveaux logements avec services de soutien à Toronto dans les vingt dernières années. »

Le Plan de croissance, co-dirigé par la branche torontoise de l’Association canadienne pour la santé mentale, le Wellesley Institute et la Toronto Alliance to End Homelessness, aspire à aider le secteur à identifier des stratégies communes pour répondre aux besoins de logement avec services de soutien à Toronto. Il s’intéresse particulièrement aux partenariats innovants et aux approches de mise en commun des actifs qui rendraient accessible le potentiel de développement inexploité du secteur.

« Un grand groupe d’organismes œuvrant en logement avec services de soutien se sont rassemblés pour créer un Plan de croissance du logement avec services de soutien à Toronto, et nous avons établi comme cible de créer 18 000 logements supervisés en dix ans. La Ville a [appuyé] la même cible », explique Mukherjee.

Profitant de la mise en place du Plan de croissance, Mainstay Housing a soumis une demande de subvention pour la Création d’un centre de ressources pour accroître la capacité de développement dans le secteur du logement avec services de soutien à Toronto. Avec l’aide d’une subvention de 300 000$ du Centre, le but est de faire du centre de ressources une organisation permanente offrant du soutien à long terme. Cela aidera le secteur à identifier des stratégies communes, à fournir des outils et des conseils afin de consolider son potentiel de développement inexploité, à explorer des approches stratégiques de mise en commun des actifs et de créer des capacités de développement à long terme.

Il s’agit d’un développement enthousiasmant et, d’après Mulherjee, « la subvention du Centre nous aidera à nous organiser et à combiner nos ressources afin de créer la capacité nécessaire pour répondre de façon significative aux besoins urgents de logement avec services de soutien à Toronto. »

Le Plan de croissance vise à augmenter la quantité de logements supervisés à Toronto en :

  • Dénombrant les actifs existants (stock physique, terrains et valeurs foncières, suppléments aux loyers) et en chiffrant comment ces actifs pourraient être mis à profit pour créer de nouvelles unités);
  • Développant une compréhension détaillée des besoins, incluant la gamme et le type de logement et les aides nécessaires;
  • En comprenant comment les subventions gouvernementales existantes pourraient être utilisées de façon plus stratégique;
  • En rassemblant le secteur autour des besoins, des priorités et des stratégies qui ont été identifiées.

« Quand on parle du nombre de personnes en situation d’itinérance ou de la liste d’attente, on pense souvent à leur donner un toit ou à trouver un endroit pour les loger », note Lisa Ker, la directrice générale adjointe du Centre, qui a travaillé dans ce secteur pour la majeure partie de sa carrière. « Toutefois, une maison est un endroit où un individu est logé et trouve du soutien. Ce sont ces éléments essentiels qui aident les gens à garder leur toit au-dessus de leurs têtes. »

« C’est ça, la différence entre loger des personnes en situation d’itinérance et leur fournir une maison, où ils pourront commencer à guérir, récupérer et s’épanouir. »

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