Le logement, un actif national stratégique : ce que révèle le budget fédéral 2025 – Community Housing Transformation Centre – Centre de transformation du logement communautaire

Le logement, un actif national stratégique : ce que révèle le budget fédéral 2025

Budget fédéral 2025 et le logement
Par Francois Fayad

Le budget 2025 marque un tournant dans la manière dont le gouvernement fédéral aborde la question du logement. Sous la nouvelle bannière Maisons Canada, Ottawa place désormais le logement au même rang que les infrastructures, la défense et la productivité parmi les « investissements générationnels ». Ce changement traduit une reconnaissance claire : le logement n’est plus perçu comme un simple bien de consommation ou comme filet social dans le cas du logement hors-marché, mais comme un actif national stratégique, essentiel à la prospérité et à la résilience du pays.

Cette vision rompt avec des décennies de politiques axées principalement sur le marché. Elle replace le logement au cœur du développement économique et social du Canada, en misant sur la production à grande échelle, l’innovation technologique et une approche plus intégrée entre les acteurs publics, privés et communautaires.

Cependant, ce modèle à la fois industriel et centralisé soulève d’importants défis pour le secteur du logement communautaire; des défis que le Centre de transformation du logement communautaire est particulièrement bien placé pour aider à relever.

Un leadership fédéral renouvelé

Au cœur de cette stratégie se trouve la création de Maisons Canada, une nouvelle agence dont la priorité principale sera de renforcer l’offre de logements hors marché afin de rétablir l’abordabilité et de réduire l’itinérance. Au cours des cinq prochaines années, l’agence investira 13 milliards de dollars dans la construction de logements abordables, communautaires et de transition.

Cette reconnaissance renouvelée du logement à mission sociale constitue une avancée importante, tout comme le lancement du Fonds de protection des logements locatifs de 1,5 milliard de dollars désormais intégré à Maisons Canada, 1 milliard destiné au logement de transition et de soutien, et la création prévue de 700 nouveaux logements publics, abordables et de soutien au Nunavut dans les mois à venir.

Le budget fait aussi référence à l’investissement de 2,8 milliards de dollars déjà promis pour le logement autochtone en milieu urbain, rural et nordique, ainsi que l’engagement de co-développer une stratégie nationale de logement autochtone avec les partenaires des Premières Nations, inuits et métis. Il fait aussi référence à des milliards de dollars supplémentaires disponibles pour répondre aux besoins en logement des communautés autochtones. La Banque de l’infrastructure du Canada, quant à elle augmentera significativement sa cible d’investissement autochtone.

Des incertitudes pour le logement communautaire

Si ces investissements massifs témoignent de la volonté du gouvernement fédéral de jouer un rôle moteur dans la réponse à la crise du logement, la recentralisation qu’ils impliquent n’est pas sans risque pour le secteur communautaire.
En regroupant sous une seule entité fédérale des responsabilités autrefois assumées par la SCHL et par divers programmes de partenariat, certaines questions demeurent quant aux répercussions pour les fournisseurs qui ne sont pas encore prêts à accroître l’échelle de leurs activités.

Maisons Canada est chargée d’accélérer la production grâce à des procédés industriels de préfabrication. Si cette insistance sur la productivité et l’efficacité est essentielle pour intensifier la construction, elle pourrait parfois entrer en tension avec les valeurs du secteur communautaire de gouvernance locale, d’inclusion sociale et de gestion durable à long terme. En outre, aucun financement spécifique n’a encore été annoncé pour renforcer la capacité organisationnelle, la stabilité opérationnelle ou l’innovation sociale des fournisseurs communautaires.

Cette réalité est d’autant plus criante dans les communautés autochtones. Le montant de 2,8 milliards, bien que substantiel, reste largement inférieur aux besoins réels. Les obstacles pour accéder à ces fonds risquent de fragiliser les plus petites organisations communautaires, notamment en milieu rural, nordique ou dans les réserves. Dans ce contexte, le renforcement des capacités organisationnelles devient une priorité stratégique.

Le rôle continu du Centre

Dans ce nouveau contexte fédéral, le Centre de transformation du logement communautaire demeure un acteur clé pour assurer l’alignement entre les ambitions nationales et les réalités locales. Fort de son expérience en développement organisationnel, le Centre possède à la fois l’expertise et les outils nécessaires pour aider le secteur à consolider sa gouvernance, à renforcer ses capacités internes et à se préparer à participer pleinement aux projets de Maisons Canada.

Cette mission se trouve au cœur du plan stratégique du Centre : accélérer la transformation du secteur, consolider ses capacités collectives et favoriser la collaboration entre les acteurs publics, privés et communautaires. Par l’entremise de ses initiatives phares comme le Fonds de transformation du secteur, les Fonds de croissance et de capitalisation, l’Académie du logement communautaire et l’Inventaire des ressources, le Centre soutient la montée en compétence des organismes, améliore leurs pratiques de gestion et facilite le partage de connaissances à l’échelle du pays.

La réconciliation avec les peuples autochtones doit demeurer une priorité centrale dans le paysage du logement canadien. Bien que les investissements récents, notamment les avancées menées par des organisations autochtones comme NICHI témoignent de progrès significatifs, une grande partie des fonds déjà annoncés n’a pas encore atteint l’ampleur ni la rapidité nécessaires pour répondre à l’urgence dans les communautés. Faire progresser des solutions d’habitation conçues par et pour les communautés autochtones est essentiel, et le Centre est prêt à travailler aux côtés des dirigeants autochtones pour soutenir des approches ancrées dans les priorités communautaires, les valeurs culturelles et l’autodétermination.

Ce rôle de catalyseur contribue à ancrer durablement le logement communautaire comme pilier des stratégies nationales d’investissement et de résilience. Dans un contexte où le gouvernement cherche à « dépenser moins pour investir plus », le Centre continuera d’agir comme partenaire de confiance des gouvernements et des fournisseurs de logements communautaires, en veillant à ce que l’industrialisation du développement du logement se traduise aussi par un renforcement durable des capacités locales.

C’est précisément à cette intersection entre la vision fédérale et l’action communautaire que le Centre peut déployer tout son potentiel et faire du logement communautaire un levier essentiel de la prospérité collective du Canada.

Trouver l’équilibre

En définitive, le budget 2025 consacre le logement comme une priorité nationale. Il reconnaît explicitement la valeur du logement communautaire, tout en invitant le secteur à se transformer pour participer pleinement à cette nouvelle ère d’industrialisation du développement résidentiel. Le défi consistera à conjuguer la rapidité et l’efficacité de la production avec la profondeur humaine et démocratique qui caractérise le modèle communautaire.

Le Centre entend jouer un rôle actif dans cette transition : en préparant les organisations, en soutenant la montée en capacité, en travaillant à la réconciliation avec les peuples autochtones et en veillant à ce que le logement demeure un moteur durable de justice sociale, d’inclusion économique et de résilience collective.

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