Cet automne, j’ai eu le privilège d’assister à mon premier Sommet du Réseau canadien des fiducies foncières communautaires (FFC). La rencontre, qui s’est tenue à Halifax, donnait l’impression que le secteur prenait son essor. Pendant quatre jours, des personnes engagées dans le leadership, l’organisation communautaire, la recherche et la pratique des FFC ont généré une énergie à la fois politique, solidement informée sur les enjeux financiers et profondément ancrée dans le pouvoir collectif.
Le Sommet était structuré autour de thèmes qui reflétaient l’évolution de la propriété foncière collective au Canada. Ce qui m’a surtout marquée, c’est la clarté et la confiance qui se dégagent du mouvement. Le programme soulignait que l’intendance foncière est principalement une question de droits, de souveraineté et d’abordabilité. Le leadership des communautés afro-néo-écossaises et noires était particulièrement visible, offrant des modèles inspirants de réappropriation des terres, de gouvernance et de gestion communautaire à long terme.


Le Sommet proposait également des visites de terrain aux Tatamagouche Centre et Akoma Family Centre, deux lieux clés pour comprendre les dimensions historiques et actuelles du secteur des FFC au Canada. Ces excursions ont enrichi les thématiques abordées lors de l’événement et ont permis d’ancrer les discussions dans des réalités tangibles et vécues.
Le travail des FFC des communautés noires de Nouvelle-Écosse s’inscrit dans la lignée du succès des fiducies foncières des quartiers chinois de Toronto et de Montréal, où la propriété collective est devenue un outil puissant de préservation culturelle, de lutte contre le déplacement et de stabilité économique locale. Ces exemples révèlent la capacité des FFC à contrer le racisme systémique, tout en renforçant la résilience culturelle et la stabilité des quartiers, même dans les contextes urbains les plus contraints.

Sur le plan technique, l’atelier sur l’acquisition et les séances axées sur les finances ont montré un secteur confiant et compétent. La transparence autour des réussites (souvent majeures) comme des difficultés révèle une culture d’apprentissage qui ne pourra que renforcer les FFC à mesure qu’elles entreprennent des projets de préservation et de développement plus complexes.
L’un des aspects que j’ai le plus appréciés est la façon dont le Sommet a (re)connecté les participantes et participants à la raison d’être de ce travail. Le secteur du logement communautaire peut être technique, procédural et d’une complexité à toute épreuve. Il est facile de se laisser absorber par la mécanique et de perdre de vue les motivations profondes de notre action : justice, appartenance, autodétermination communautaire, responsabilité intergénérationnelle. Le Sommet a remis ces dimensions au cœur des discussions, en résonance directe avec les pressions qui s’exercent actuellement sur le secteur du logement communautaire.


Pour celles et ceux d’entre nous travaillant dans ce domaine depuis un certain temps, ces moments comptent. Ils rappellent que le mouvement évolue et que notre expérience peut contribuer à façonner la suite, en tant que partenaires capables de soutenir une nouvelle génération de leaders qui poussent le secteur plus loin et plus rapidement que jamais.
Ce qui est apparu clairement à Halifax, c’est que les fiducies foncières communautaires n’occupent plus une position marginale. Elles deviennent une composante essentielle de l’infrastructure canadienne du logement et de l’intendance foncière.
Le Sommet a été énergisant, concret et solidement ancré dans le travail réalisé partout au pays. À mesure que le mouvement gagne en ampleur, le Centre réaffirme son engagement à soutenir l’innovation financière, l’autonomie locale et le leadership communautaire qui redéfinissent notre manière d’envisager le logement au Canada.
