Le secteur du logement au Canada a l’habitude de mesurer les progrès à l’aide de chiffres : logements construits, fonds investis et ménages soutenus. Ces indicateurs sont essentiels, mais ils n’expliquent pas toujours pourquoi les défis liés au logement persistent malgré les efforts soutenus et le travail de milliers d’organisations partout au pays.
Créé en 2018 par un réseau d’organisations de logement communautaire grâce à un financement de 50 millions de dollars dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement, le Centre a été mis sur pied pour faire plus que financer des projets individuels. Son rôle consiste à contribuer au renforcement des conditions qui permettent aux organisations de logement communautaire et au secteur dans son ensemble de croître, de s’adapter et de générer des retombées durables.
Le Centre travaille actuellement à son premier grand rapport d’impact pancanadien, qui portera sur la période de 2020 à 2025. Le rapport offrira un portrait plus complet de la manière dont les investissements dans le renforcement des capacités, la planification, les partenariats et l’innovation ont soutenu les organisations partout au pays, ainsi que des leçons qui pourront éclairer la suite.
Nous avons maintenant besoin de la contribution du secteur.
Passer du décompte des résultats à la compréhension du changement
Le secteur canadien du logement communautaire regroupe des milliers d’organisations indépendantes : des coopératives au Québec, des projets dirigés par des Autochtones au Nunavut, des fournisseurs de logements avec services de soutien à Calgary et bien d’autres encore. Chacune évolue dans son propre contexte local, son environnement de financement et ses relations communautaires.
Les outils de reddition de comptes traditionnels, y compris les rapports de subvention, les sondages de satisfaction et le décompte des logements, demeurent importants. Ils permettent de démontrer ce qui a été réalisé et les personnes qui ont été rejointes. Toutefois, ils ne présentent qu’une partie du portrait. Ils ne permettent pas toujours de comprendre comment les organisations vivent le changement, comment elles s’adaptent aux nouvelles possibilités ou aux nouveaux défis, ni quelles conditions leur permettent de renforcer leur travail au fil du temps.
Pour compléter ces méthodes, le Centre utilise le Sensemaking, une approche de recherche narrative qui recueille de courts récits auprès de personnes impliquées dans des organisations financées et les invite à interpréter elles-mêmes la portée de leurs expériences. Ces récits peuvent faire ressortir des tendances dans la manière dont le financement a influencé la capacité organisationnelle, la prise de décision, les relations et les objectifs à long terme.
« L’idée est que les récits portent un sens que les sondages ne peuvent pas toujours saisir », explique Fiona Wright, de CTFutures, la firme-conseil mandatée par le Centre pour produire ce rapport d’impact. « Lorsqu’une personne raconte un moment qui a compté pour elle, une avancée liée au financement, une décision communautaire inattendue ou une relation qui a transformé sa façon de travailler, elle nous offre une fenêtre sur le système. Et lorsque l’on recueille des centaines de ces fenêtres, des tendances commencent à se dégager. »
Ce que cinq années peuvent nous apprendre
Le rapport d’impact 2020-2025, qui doit être publié plus tard cette année, examine les conditions structurelles qui façonnent le secteur et les changements nécessaires pour renforcer sa capacité à long terme.
Le secteur canadien du logement communautaire est très dispersé. Avec environ 7 500 fournisseurs de logements sans but lucratif et coopératifs gérant près de 270 000 logements, de nombreuses organisations exercent leurs activités à une échelle qui peut rendre difficile le maintien, à l’interne, d’expertises spécialisées en gestion d’actifs, en financement, en développement et en relève organisationnelle.
Cette réalité crée des défis importants en matière de coordination, d’allocation des ressources et de planification à long terme à l’échelle du secteur. Lorsqu’autant d’organisations fonctionnent de manière indépendante, il devient plus difficile de mettre en commun l’expertise, d’aligner les stratégies et de bâtir la capacité collective nécessaire pour gérer les actifs, saisir des occasions de développement et réagir efficacement à l’évolution des conditions.
Pour que le Canada puisse progresser de manière significative vers un avenir où le logement communautaire représente 20 % du parc de logements, le secteur devra disposer d’infrastructures partagées plus solides, de parcours de consolidation et de plateformes collaboratives capables d’aider les organisations à préserver des logements, à gérer les risques et à croître.
« Le secteur a une longue et fière histoire de soutien aux personnes ayant les besoins les plus importants en matière de logement », affirme Lisa Ker, directrice générale du Centre. « Mais pour concrétiser l’ambition d’un secteur du logement communautaire qui représenterait 20 % du parc de logements au Canada, il faudra élargir la conversation. Le logement communautaire doit être reconnu non seulement comme un soutien social, mais aussi comme une infrastructure essentielle qui contribue à la résilience économique, au bien-être des communautés et à l’abordabilité à long terme pour des Canadiennes et des Canadiens de tous horizons. »
L’expérience de la pandémie a également mis en lumière à la fois l’engagement des organisations de logement communautaire et les pressions auxquelles elles sont confrontées. Partout au pays, les fournisseurs ont continué d’héberger des personnes, d’offrir des services et de soutenir les locataires durant une période d’incertitude exceptionnelle.
Pour de nombreuses organisations, cette continuité a été rendue possible par des mesures de soutien public d’urgence et par la détermination du personnel, des bénévoles et des leaders communautaires. En même temps, la pandémie a renforcé l’importance de bâtir des organisations et des systèmes plus en mesure d’absorber les chocs, de planifier à l’avance et de maintenir leurs activités à long terme.
Cela soulève une question importante pour le secteur : comment le Canada peut-il bâtir un système de logement communautaire doté de la capacité, des ressources et de la résilience nécessaires pour planifier et agir avant qu’une crise ne commande une intervention d’urgence?
Avez-vous reçu du financement du Centre?
Avez-vous utilisé ses outils ou ses ressources? Avez-vous collaboré avec le Centre? Nous avons besoin de votre contribution.
Remplissez le questionnaire ici :
https://www.ctfutures.ca/chtc-your-impact-story
Des modèles prometteurs pour l’avenir
Parallèlement à ces apprentissages plus généraux, le rapport présentera des exemples d’organisations qui ont obtenu des retombées positives grâce au financement du Centre, en renforçant le logement, le leadership local et le développement communautaire.

Au Québec, UTILE a développé un modèle de logement étudiant qui allie innovation financière et ancrages communautaires solides. Son travail démontre comment des fournisseurs de logements sans but lucratif peuvent accroître leur capacité, réaliser des projets de développement et demeurer fidèles à leur mission sociale.

En Nouvelle-Écosse, New Roots Community Land Trust a répondu aux risques de déplacement associés au réaménagement de l’échangeur Cogswell en mobilisant les résidents afin de préserver leur place dans le quartier et de soutenir un développement comprenant des logements ainsi que des espaces communautaires, culturels et commerciaux.

Dans le Nord, Amautiit Inuit Women’s Association forme des femmes inuites afin qu’elles deviennent inspectrices certifiées en habitation, créant ainsi une expertise locale dans un domaine qui a historiquement reposé sur des travailleurs venant du Sud, à grands frais. Cette initiative contribue à établir une nouvelle capacité locale en matière de services liés au logement tout en soutenant l’emploi, les savoirs locaux et une plus grande autodétermination au sein des communautés du Nunavut.
« Ce sont des innovations qui touchent au pouvoir », affirme Lisa Ker. « Il ne s’agit pas seulement de nouveaux modèles de logement, mais aussi de savoir qui décide, qui bénéficie et qui a la possibilité de bâtir. C’est dans cette direction que nous souhaitons aller, et ce sont les histoires que nous voulons pouvoir raconter plus souvent. »
À l’écoute des signaux émergents
La collecte de récits par Sensemaking qui soutient le rapport d’impact est maintenant en cours. Elle mobilise des organisations de l’ensemble du portefeuille du Centre dont les projets sont avancés ou terminés.
Les participantes et participants sont invités à partager de courts récits sur leur expérience d’un projet : un moment significatif, un point tournant, un résultat inattendu ou un changement de direction. Ils interprètent ensuite leur propre récit à l’aide d’une série de questions. Cette expérience a-t-elle reflété un changement de perspective? Une évolution dans la prise de décision? Une nouvelle forme de collaboration?
En partageant et en interprétant leurs expériences, les participantes et participants contribuent à situer leurs récits dans un portrait plus large du changement à l’échelle du secteur.
« La beauté de cette approche est qu’elle reconnaît la valeur des connaissances déjà présentes sur le terrain », explique Fiona Wright. « Les personnes qui travaillent dans le logement communautaire savent des choses que les chercheuses et chercheurs ne savent pas. Elles voient chaque jour, de très près, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Le Sensemaking nous offre une façon de recueillir systématiquement ces connaissances et d’y repérer des tendances. Son objectif n’est pas de confirmer ce que nous croyons déjà, mais de nous permettre d’être véritablement surpris par les nouvelles tendances qui émergent des signaux discrets d’un système complexe. »
Le Centre vise à recueillir au moins 500 microrécits. Cette base d’expériences permettra de faire ressortir des tendances significatives : les domaines où le système évolue, ceux où les organisations continuent de rencontrer des obstacles et les conditions qui semblent favoriser des formes de changement plus durables.
Un accompagnement est offert à toute personne qui souhaite remplir le questionnaire. Pour en savoir plus, consultez le lien du questionnaire ci-dessous.
Clore un chapitre et éclairer la suite
« Au cours des cinq dernières années, nous avons eu le privilège de travailler aux côtés d’organisations de toutes tailles, dans des communautés partout au Canada », affirme Lisa Ker. « Ce rapport est une occasion d’apprendre de leurs expériences et de mieux comprendre comment les investissements dans le renforcement des capacités, le leadership, les partenariats et le développement organisationnel contribuent à un changement durable. Nous espérons que les constats qui en ressortiront aideront à éclairer la prochaine étape de croissance du secteur et à soutenir l’ambition collective de bâtir un système de logement communautaire plus solide pour l’avenir.»
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