Angela Marston : Devenir réviseure de projet

par | Août 5, 2020 | Autochtone

L’artiste Angela Marston vit en Colombie-Britannique. Elle détient un baccalauréat en arts visuels et en études sur les Premières Nations, et termine une maîtrise en psychologie des organisations et des affaires. Elle est directrice des relations autochtones chez Innovations in Health Society et consultante principale chez Four Salish Winds Consulting. Elle travaille actuellement sur un projet de revitalisation linguistique pour la Hul’ q’ umi’ num’ Language and Culture Society et elle rédige des demandes de subvention pour SPARX, un jeu vidéo qui intègre la thérapie cognitivo-comportementale en mettant l’accent sur les communautés autochtones. Une grande partie de son temps professionnel est consacré à conseiller des organisations sur les protocoles d’engagement envers les groupes autochtones. Le Centre a fait appel à son expertise comme réviseure pour une demande d’évaluation concernant l’engagement culturel autochtone.

Devenir réviseure de projet

« Je suis réviseure pour les programmes d’arts autochtones en Colombie-Britannique depuis 15 ans, mais je rédige des demandes de subventions et de financement, en tant qu’artiste, depuis 20 ans. Il y a environ 5 ans, j’ai commencé à travailler dans le domaine du développement social. J’ai régi l’aide sociale, et je me suis intéressée à la santé mentale. J’ai également été membre du conseil d’administration de notre prestataire local de services en santé mentale. Il y a cinq ans, j’ai cherché à en connaître davantage sur le problème de l’itinérance et sur d’autres questions concernant notre communauté. Cela m’a donné envie d’élargir ma compréhension de ces enjeux à l’échelle nationale. En tant que réviseure de projet, j’ai fait de mon mieux pour donner mes opinions et mes idées. Je comprends le processus de révision par les pairs, et le processus administratif. J’ai beaucoup aimé cela, ainsi que le fait que le Centre soit respectueux de mon temps. J’ai fait partie de panels d’examen par les pairs qui ont duré plusieurs jours : le format de l’ensemble du processus et les conseils a été fort utile. »

Sur son expertise quant à l’autochtonisation

« Il existe actuellement une tendance à l’autochtonisation des organisations, mais souvent les gens ne sont pas certains de ce que cela signifie. Qu’est-ce que l’autochtonisation ? J’ai demandé à un groupe d’experts ce que l’autochtonisation signifiait pour eux, et ils m’ont répondu qu’ils ne le savaient pas. Ils espéraient que je pourrais le leur dire. N’est-ce pas la responsabilité du personnel de mieux comprendre les visions du monde autochtone et de faire la recherche ? Parce que tout est là : il y a tellement d’informations. On attend beaucoup des communautés autochtones, mais les communautés autochtones considèrent la réciprocité comme un élément essentiel des relations. Cet aspect est souvent négligé par les organisations non autochtones, qui ne comprennent pas ce concept culturel et passent outre.

Nous constatons souvent que le personnel autochtone n’est pas suffisamment rémunéré pour son expertise culturelle. C’est un problème permanent d’inégalité et de racisme systémique. Il y a là beaucoup d’arrogance. Je parlais à une amie l’autre jour qui avait quitté l’organisation pour laquelle elle travaillait. Elle m’a dit : “Je ne serai pas l’Autochtone de service ”. Il y a une politique de coopération purement symbolique, lorsqu’une organisation embauche des personnes autochtones, et qu’elle s’en félicite en disant : “Nous sommes bons, nous nous sommes autochtonisés”. »

Sur la participation à la conversation

« J’ai fait des études sur les Premières Nations à l’université. Nous travaillons maintenant avec cette même université pour créer des modules de sensibilisation culturelle pour les organisations et les ministères du gouvernement, afin qu’ils puissent former leur personnel. Il est important d’engager des personnes autochtones pour diriger ces projets : une personne non autochtone pourrait se lancer dans des activités plus stéréotypées, comme la fabrication de capteurs de rêves ou l’animation de cercles de discussion, sans comprendre que ces activités ne sont pas pratiquées dans toutes les communautés. Chacune d’entre elles possède sa propre identité. Vous devez vraiment savoir quels programmes sont à mettre en place pour établir un lien avec une communauté spécifique. L’incompréhension des arts autochtones est une erreur courante. Par exemple, pour certaines personnes, une hutte de sudation est une bonne idée, mais ce ne sont pas toutes les communautés qui la pratiquent. Lorsque vous vous rendez dans un autre pays, vous faites des recherches. Lorsque des gens vivent dans une certaine communauté, ils devraient aussi lui accorder une grande attention et beaucoup de respect. »

Black Lives Matter et l’autochtonisation

« Lors d’une récente conversation, quelqu’un a mentionné l’effacement de la communauté noire de Vancouver et nous avons parlé de cadre colonial et d’assimilation. C’est tout à fait pertinent. Les peuples autochtones ont plaidé et ont fait pression pour l’inclusion, et maintenant les organisations sont confrontées à la façon dont elles vont créer un espace pour les systèmes, les programmes et les employés autochtones. J’ai travaillé avec des organisations non autochtones qui voulaient comprendre comment s’engager avec les populations autochtones. Certaines d’entre elles pensaient que si un ancien venait faire une prière, cela suffisait pour être inclusif. Lorsque nous avons envisagé de vraiment recruter des cadres autochtones, très peu d’organisations de la province l’ont fait. Les gens se battent pour créer des politiques à partir d’un cadre colonial. Pour autochtoniser, cela ne fonctionne pas. J’ai l’impression qu’il faut tout démanteler puis reconstruire, et transformer le langage colonial. »

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