Des avancées modestes, mais prometteuses en matière de logement pour les communautés noires – Community Housing Transformation Centre – Centre de transformation du logement communautaire
31 Jan, 2024

Des avancées modestes, mais prometteuses en matière de logement pour les communautés noires

Black community housing organisation working hard for change
Par Centre

Les défis et les discriminations auxquels sont confrontées les communautés noires en matière de logement sont illustrés à la fois par des récits personnels poignants et par des données statistiques alarmantes. La discrimination systémique et le racisme de certains propriétaires, agents d’immeuble et voisins ont créé des obstacles significatifs dont les répercussions se font sentir de génération en génération. Les inégalités vécues par les Noir.e.s se traduisent par des loyers plus élevés, des conditions de vie précaires, et des déplacements fréquents qui affectent la stabilité et la qualité de vie de plusieurs familles.

Des organisations dirigées par et pour les Noir.e.s, œuvrent à changer les choses et à développer davantage de logements partout à travers le pays, mais leur nombre et leurs moyens demeurent modestes. Le Centre soutient plusieurs de ces organismes à travers des programmes visant à accélérer leur croissance.

Parmi les organismes que nous soutenons, la Société d’habitation des communautés noires (SHCN) a fait des avancées remarquables au Québec l’année dernière. Créée dans le but de répondre directement aux questions de discrimination et de racisme liées à l’accès au logement pour les personnes issues des communautés noires, la SHCN développe et gère des projets de logements abordables. Elle a récemment concrétisé son premier projet de construction de 230 logements. Nous avons rencontré Neil Armand, directeur général de la SHCN. Il nous a fait part du parcours de son organisation et des défis auxquels il fait face, des défis qui ne font que s’accentuer.

Que reflètent les statistiques autour du logement pour communautés noires?

Autour de la question de l’inégalité dans le contexte du logement, Armand souligne l’importance de baser la discussion sur des statistiques mesurables pour encourager un dialogue réel, soulignant que c’est une question fondamentale qui nécessite une action sociale. Selon lui, les sociétés nord-américaines et européennes sont réticentes à se remettre en question.

« Les gens ont du mal à accepter leur part d’admission dans des injustices qu’ils n’ont pas personnellement commises, ce qui crée une situation où il est difficile d’avoir des conversations authentiques. Aujourd’hui, la seule manière de favoriser un dialogue authentique est de partir de statistiques et de chiffres mesurables. Cette approche facilite la tenue de conversations réelles et constructives autour des inégalités persistantes », lance-t-il.

Selon Statistique Canada dans son étude sur la diversité de la population noire au Canada, la grande majorité vit dans les grands centres urbains. L’Ontario compte toujours un peu plus de la moitié (52,4 %) de la population noire du Canada. Le Québec détient la deuxième plus grande population représentant 26,6 % de celle du pays, et la Nouvelle-Écosse possède la plus grande population noire parmi les provinces de l’Atlantique et se classe au cinquième rang en importance de la population noire à l’échelle nationale.

En 2018, selon le feuillet d’information en matière de logement au Canada consacré à la population noire, un peu moins que le tiers de la population noire (29%) représentant 382 100 personnes noires vivait dans un logement de taille non convenable. Comparativement, le nombre de Canadiens vivant dans un logement de taille non convenable se situait à 9,4 %.

La répartition entre propriétaires et locataires dans les ménages privés est de 73% pour les propriétaires et 27% pour les locataires au niveau du Canada. En revanche, pour la population noire, cette répartition est de 48% de propriétaires et 52% de locataires.

En outre, 15,1% des ménages noirs ont des besoins impérieux en matière de logement alors que ce taux se situe à 9,0 % pour la population générale. Les personnes noires se retrouvent, par ailleurs, à payer des loyers nettement plus élevés. Les frais de logement médians payés par les ménages noirs étaient de 1 220 $, alors que les frais de logement médians de l’ensemble des ménages canadiens étaient de 1 050 $.

Pour ce qui est de l’abordabilité, 19 % des personnes noires vivant dans un ménage privé consacrent plus de 30 % de leur revenu total au logement.

Un ensemble de phénomènes structurels, tels que des taux d’intérêt plus élevés, des coûts d’assurance élevés, des barrières à l’accession à la propriété et même le « redlining » pratiqué à la fin du 20e siècle, ont accentué la complexité du problème. Le « redlining » est une pratique discriminatoire illégale qui consistait à exclure délibérément les communautés noires des services financiers et des prêts hypothécaires résidentiels. Ce terme trouve son origine dans l’utilisation de marques rouges sur des cartes par les sociétés de prêt, délimitant ainsi les quartiers noirs comme des zones supposées à risque de crédit faible.

Le logement: pierre angulaire du développement social

Dans le contexte de la crise du logement, la pression s’accroît davantage. Ceci se manifeste lorsque des familles des communautés noires se trouvent contraintes de résider dans des secteurs défavorisés, suscitant souvent un jugement injustifié. Bien que ces quartiers puissent offrir des logements à des prix relativement abordables, la qualité de ces habitations laisse à désirer. Les locataires sont confrontés à des problèmes d’insalubrité, d’infestations, et à des factures d’énergie exorbitantes en raison d’une isolation inadéquate. Ce cycle vicieux pousse ces familles à changer fréquemment de logement, mais cette mobilité extrême engendre d’autres problèmes. Les conditions de vie précaires impactent non seulement la qualité de vie, mais aussi la stabilité des enfants qui subissent des déplacements constants, compromettant leur éducation et leurs relations sociales.

Pour Neil Armand, la solution est simple : « En concentrant l’attention sur les maillons les plus faibles de la chaîne, notamment en abordant les problèmes spécifiques d’accès au logement pour la communauté noire, on peut espérer renforcer l’ensemble du système social, réduire le taux de décrochage scolaire et promouvoir un environnement social plus équitable et durable. »

La situation actuelle est encore plus problématique que par le passé, et il faut reconnaître les problèmes structurels et le contexte économique qui alimentent la crise du logement, contribuant à des hausses de prix en spirale. Il est impératif d’adopter une approche ciblée et de mettre en œuvre des mesures spécifiques pour résoudre les enjeux structurels qui persistent. La société d’habitation des communautés noires souhaite créer un maximum de logements au Canada, favorisant la mixité. L’objectif est d’avoir un impact significatif sur l’écosystème du logement en collaboration avec tous les acteurs du secteur.

La réussite des individus des communautés noires ne diffère pas de celle des membres d’autres communautés, pourvu qu’ils aient accès aux mêmes privilèges et opportunités, confirme Armand.

Des initiatives prometteuses

Au mois de juillet 2023, le gouvernement fédéral s’est donné pour cible d’augmenter les projets d’habitation pour les ménages noirs à travers le Fonds pour le logement abordable (FLA), anciennement connu sous le nom Fonds national de co-investissement pour le logement (FNCIL). Le fonds vise à accroître l’accès à du financement pour le logement pour des organismes dirigés par des personnes noires. Ce genre d’initiative est cruciale, car, en plus de multiplier l’offre de logement, elle encourage l’essor et le développement d’organismes œuvrant par et pour les Noir.e.s. Le fonds ne réserve toutefois que 50 millions de dollars à ces organismes. Cela est malheureusement nettement insuffisant selon les organismes de logement communautaires dirigés par les Noir.e.s. pour faire une réelle différence.

Les gouvernements provinciaux doivent mettre l’épaule à la roue. C’est qu’a compris le gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Il a franchi une étape importante dans la lutte contre les disparités historiques sur son territoire en allouant des fonds pour les organismes dirigés par des noirs. Ces fonds, accessibles à travers le Fonds de croissance du logement communautaire visent à remédier au manque d’opportunités pour les communautés noires dans le secteur du logement.

De telles démarches sont susceptibles d’améliorer le sort d’une partie des communautés noires dans le pays. C’est pourquoi toutes les provinces doivent emboîter le pas à l’exemple fédéral et néo-écossais.

Des ressources utiles pour le développement de logement pour les communautés noires

L’Inventaire des ressources du Centre regorge d’une foule d’outils utiles pour le développement et la gestion du logement communautaire. Elles ont été produites par différents acteurs et actrices du secteur.

Nous avons compilé ici une liste de ressources destinées aux organisations dirigées par des Noir.e.s, centrées sur et desservant les communautés noires.

Fiducies foncières communautaires dirigées par des Noirs (Anglais)
Personnes noires et accession à la propriété (Anglais)
Rapports – Fondation pour les communautés noires (FPCN) (Français et anglais)
Feuille de route pour des plans de réaménagement visant à lutter contre le racisme systémique (Anglais)
Des programmes visant à soutenir la croissance des entreprises dirigées par des Noirs (Anglais)
Programme d’accélération – Institut de l’infrastructure (Anglais)

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