Faciliter le chemin de la collaboration pour les Autochtones

Les Autochtones sont souvent les premiers à ressentir les effets des changements climatiques. La crise écologique a des impacts très concrets sur la vie quotidienne des communautés nordiques au Canada, allant de la perturbation des routines traditionnelles de chasse et de pêche aux routes de glace dont les saisons se raccourcissent. Comme l’habitation est une importante source de consommation d’énergie, la Indigenous Clean Energy (ICE) Social Enterprise cherche à partager des approches innovantes dans le domaine au sein des communautés autochtones et du secteur du logement communautaire dans son ensemble.

Personne n’est à l’abri des changements climatiques, mais certains sont plus touchés que d’autres. Les changements climatiques ne font pas nécessairement partie des préoccupations habituelles de plusieurs résidents des grandes villes canadiennes. L’efficacité des infrastructures des villes les protège de réalités plus difficiles. Mais il s’agit d’un privilège que plusieurs Autochtones vivant dans les réserves ou dans des communautés rurales ou nordiques ne peuvent pas se permettre.

Que ce soit, par exemple, par les changements apportés aux habitats et aux habitudes des animaux ou par les feux de forêt, les communautés autochtones font l’expérience de la force brute des changements climatiques au quotidien.

« Un des impacts les plus évidents pour les communautés éloignées est le raccourcissement de la saison des routes de glace », énonce Ian Scholten, directeur de la Indigenous Clean Energy (ICE) Social Enterprise, un organisme sans but lucratif qui fait la promotion de l’inclusion des Autochtones dans le secteur économique de l’énergie au Canada.

« Pendant l’été, ces communautés sont accessibles seulement par avion, mais l’hiver, les rivières et les lacs gèlent, et il est possible de transporter les matériaux et les denrées par véhicules à moteur. Cela réduit considérablement les coûts de plusieurs équipements et aliments. Ces routes de glace sont des infrastructures essentielles pour plusieurs de ces communautés. »

Le prix élevé des marchandises n’est pas un nouveau problème pour les communautés autochtones éloignées : cela a des conséquences sur le secteur de la construction et alimente les pénuries de logements existantes.

À la croisée de l’habitation et du climat

« Dans les réserves, la plus grande partie de l’énergie consommée est liée au logement; ça vient du chauffage, affirme le directeur général du Centre de transformation du logement communautaire, Stéphan Corriveau. Même s’il est possible de produire de l’énergie de façon plus efficace, par des éoliennes par exemple, la question n’est pas résolue. De quelle façon le parc immobilier est-il construit, entretenu et géré? Est-ce aussi efficace que nécessaire? »

L’efficacité énergétique et l’habitation sont des enjeux qui se croisent dans la lutte aux changements climatiques. La Indigenous Clean Energy (ICE) Social Enterprise et le Centre ont récemment rassemblé leurs forces dans un partenariat axé sur la promotion mutuelle de leurs activités, de même que sur le partage de connaissances, de ressources et de compétences.

« Indigenous Clean Energy [“énergie propre autochtone”, en français] est axé sur le soutien aux Premières Nations, aux Inuits et aux Métis, explique Corriveau. Avec notre partenariat, nous les aidons à collaborer avec les fournisseurs de logements sans but lucratif des milieux urbains, ruraux et nordiques. Nous établissons des ponts entre ces deux mondes — qui vivent vraiment à part — en examinant ce qui se fait dans les réserves et à l’extérieur pour voir comment ils peuvent collaborer et partager leurs compétences, leurs savoirs et leurs expériences. »

Une des priorités du Centre est de réduire l’empreinte environnementale du secteur du logement communautaire. Une des façons d’arriver à cette fin est d’instaurer des nouvelles normes, méthodes et approches visant la réduction des stress environnementaux. L’entente avec ICE aide le Centre à appuyer le développement de la capacité organisationnelle des organismes sans but lucratif de partout au Canada grâce aux initiatives écoénergétiques de ICE.

Ce partenariat est également en accord avec l’accent mis par le Centre sur la réconciliation avec les peuples autochtones, et avec les démarches qu’il fait pour mobiliser et soutenir les fournisseurs de logements autochtones et leurs programmes de transformation.

Collaboration autochtone

Les communautés autochtones rurales et éloignées sont souvent directement touchées par les conditions météorologiques extrêmes et elles doivent s’adapter rapidement à des changements climatiques imprévisibles. C’est la raison pour laquelle les habitations écoénergétiques, bien isolées, pratiquement hermétiques et qui utilisent une énergie propre et durable, sont plus que jamais nécessaires. Scholten affirme que la collaboration est la clé.

« Il existe déjà beaucoup de solutions. Un sondage effectué l’année dernière a révélé que plus de 120 projets écoénergétiques se déroulaient dans les communautés autochtones au Canada. Chacun présente des forces différentes, mais quand ils fonctionnent chacun en silo, nous n’avons pas accès au partage d’apprentissages et au transfert de connaissances qui est tellement important pour s’élever mutuellement. »

L’idée derrière la formation de ICE est née quand le directeur général Chris Henderson travaillait avec des communautés autochtones à travers le Canada, pour les aider à mettre en place des projets d’énergie renouvelable. Certains membres de ces communautés demandaient de l’aide avec leurs plans de développement économique, à propos de l’emploi ou de la formation; des expertises qu’Henderson ne possédait pas. Toutefois, il connaissait d’autres communautés autochtones qui avaient ces connaissances. Il a commencé à les mettre en relation par le bouche-à-oreille.

« C’est comme ça qu’est née l’idée du programme 20/20 Catalysts », affirme Scholten.

Le programme 20/20 Catalysts est un programme de développement des capacités en énergie propre, mené par des leaders autochtones et des spécialistes de l’énergie propre de partout au pays. Il fournit des formations à propos de projets d’énergie renouvelable, d’efficacité et de conservation énergétiques, de même que sur la planification énergétique communautaire et sur les systèmes énergétiques avancés.

« C’était notre programme fondateur. Nous voulions réunir tous ces leaders autochtones et partager leurs expériences avec d’autres communautés autochtones », ajoute Scholten.

Depuis, ICE a introduit trois autres programmes : le ICE Network (réseau ICE), le Global Hub (Carrefour mondial) et Bringing it Home (Ramener les connaissances chez soi), afin de combler les besoins en partage de connaissances, en mentorat et en collaboration dans tout le pays et à l’international.

L’initiative Bringing it Home

Le partenariat entre le Centre et ICE dans le cadre de l’initiative Bringing it Home se concentre entièrement sur l’efficacité énergétique des résidences et des installations neuves ou rénovées.

Même si les projets d’énergie renouvelable existent depuis longtemps, il y a encore peu d’exemples de projets d’efficacité énergétique à grande échelle qui ont passé le test du temps. Bringing it Home permet de raffiner, au niveau communautaire, les éléments fondamentaux qui doivent être mis en place pour d’autres investissements, tout en exploitant le financement et la capacité de lancer des projets énergétiques à l’échelle communautaire.

Et les pièces du casse-tête ne tiennent que s’il y a collaboration.

« Notre but premier, chez ICE, est de rassembler les Autochtones, parce qu’il y a un pouvoir, des connaissances et une sagesse incroyables dans les communautés autochtones », dit Scholten.

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