L’ONPHA au travail avec des fournisseurs autochtones pour plus de logements et d’autonomie

Avr 22, 2021 | actualités autochtones, actualités croissance du secteur

L’Ontario Non-Profit Housing Association a établi des cibles ambitieuses dans son plan pour s’attaquer aux besoins en logement des Autochtones. Alors qu’un Autochtone sur quatre en Ontario vit dans la pauvreté, le logement abordable est considéré comme un moyen important pour atténuer les difficultés vécues par tant de personnes des communautés des Premières Nations, Métisses ou Inuites, dans les réserves et à l’extérieur de celles-ci. 

La discrimination dans le marché locatif de l’habitation en Ontario est un enjeu réel qui afflige les locataires autochtones qui essaient de se trouver un chez-soi. Des stéréotypes, comme celui voulant que les locataires autochtones soient plus susceptibles d’être impliqués dans des activités illicites, font obstacle à leur capacité à obtenir un logement. 

« C’est particulièrement intense dans le marché privé, particulièrement en ce moment, alors que les taux d’occupation sont très bas, la compétition est forte et […] les biais implicites des propriétaires peuvent faire surface dans leurs préférences et leur sélection de non autochtones », explique Sara Fegelman, consultante en politiques et en recherche à l’Ontario Non-Profit Housing Association.  

De même, les attitudes colonialistes ont laissé des marques profondes. Un quart des Autochtones d’Ontario vivent dans la pauvreté, et n’ont pas les ressources pour des biens de première nécessité comme de la nourriture de qualité, un logement adéquat et des vêtements. Les Autochtones sont aussi surreprésentés dans les établissements de détention, les salles d’urgence et les refuges pour sans-abris. 

« Cet héritage du colonialisme qui perdure de nos jours a contribué à l’éloignement des Autochtones de leurs territoires et de leurs cultures, et les histoires de trauma se sont transmises », ajoute Fegelman. 

Le logement communautaire, sans être un remède aux traumatismes intergénérationnels, atténue en partie l’impact socioéconomique de cet héritage, et est, en combinaison avec des services de soutien culturellement adaptés, une solution simple et rentable qui sauve des vies. 

Même si certains Autochtones vivant dans les secteurs urbains et ruraux peuvent avoir eu la chance d’obtenir un logement communautaire par un fournisseur de logements autochtone, l’Ontario fait face à un déficit important en la matière, et les listes d’attente s’allongent alors que la demande est forte et qu’il y a peu de places qui deviennent disponibles. Et avec la population autochtone du pays qui croît quatre fois plus rapidement que la moyenne nationale — en augmentation de 42,5% entre 2006 et 2016 —, la situation du logement ne fera que s’empirer. 

« Le logement a été nommé dans différents rapports, comme ceux de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, ou de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées… Le logement est un indicateur clé dans le cheminement sur la voie de la réconciliation », dit Fegelman. 

Et les communautés autochtones de l’Ontario en ont assez d’attendre pour des solutions. 

L’ONPHA a des idées pour renforcer et soutenir le secteur du logement à but non lucratif pour les Autochtones : notamment, en construisant 22 000 logements subventionnés abordables pour les Autochtones dans les 10 prochaines années. Ce n’est qu’une des six recommandations présentées il y a près d’un an dans le Urban and Rural Indigenous Housing Plan for Ontario 

Des idées pour un secteur plus fort 

Travaillant avec des partenaires autochtones, l’ONPHA est déjà impliquée dans plusieurs initiatives qui s’attaquent aux lacunes dans les services et aux défis auxquels font face les communautés autochtones. L’association a un comité consultatif actif sur le logement urbain et rural autochtone. Aussi, parmi les fournisseurs autochtones de logements sans but lucratif ontariens, 46 sur 56 sont des membres actifs de l’ONPHA. 

« Nous avons fait la promotion du plan depuis son lancement en mai 2020, alors nous nous concentrons maintenant sur l’élaboration d’un plan de mise en œuvre, qui nous permettra de le présenter de façon claire à tous les niveaux de gouvernement et aux autres partenaires qui pourraient être impliqués », ajoute Fegelman. 

Le Urban and Rural Indigenous Plan for Ontario, aussi nommé URIPHO — ou simplement, le Plan — met en lumière les obligations fiduciaires du gouvernement envers les Autochtones, incluant le sujet de l’habitation (sur et hors réserve); obligations qui sont stipulées dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et renforcées dans plusieurs décisions de la Cour suprême du Canada.    

Élaboré avec la participation active et continue de fournisseurs de logements autochtones, le plan présente une analyse en profondeur des lacunes auxquelles font face les ménages autochtones de l’Ontario qui vivent dans des logements inadéquats et inabordables, identifie les coûts économiques et les bénéfices associés au fait de fournir les logements abordables pour autochtones qui sont nécessaires, et présente une série de recommandations pour la mise en œuvre du plan, dont la construction de 22 000 logements et l’élaboration de programmes culturels et de soutien. 

Le secteur privé est aussi identifié comme partenaire potentiel. 

« Nous parlons beaucoup des différents leviers que le gouvernement peut actionner pour inciter le secteur privé; des incitatifs fiscaux qui peuvent être inclus comme partie d’un développement plus large […] comme un bâtiment pour revenus mixtes », ajoute Fegelman. 

Une des idées évoquées est un crédit d’impôt « dollar-pour dollar », inspiré du Low-Income Housing Tax Credit américain, qui permettrait aux investisseurs d’obtenir un crédit d’impôt fédéral équivalent à un pourcentage du coût de développement des logements abordables. Dans les 30 dernières années, cette formule a joué un rôle important dans la création de 3 millions de logements aux États-Unis. 

Du rêve à la réalité 

Le plan de l’ONPHA reconnaît l’importance qu’ont les fournisseurs de logements autochtones comme experts de leurs communautés, aptes à diriger son élaboration et sa mise en œuvre. Il vise à rassembler et à faire participer les fournisseurs de logements des Premières Nations, Métis et Inuits de tout l’Ontario. 

« Les fournisseurs de logement autochtones sont vus comme des experts du logement communautaire et ils comprennent l’étendue des besoins de leurs communautés, de même qu’ils connaissent les solutions qui allègeront la situation existante, explique Frances Sanderson, présidente du comité consultatif sur le logement urbain et rural autochtone de l’ONPHA et directrice générale de Nishnawbe Homes Inc. Pour cette raison, il est essentiel que le logement autochtone soit développé et dirigé par des personnes autochtones, ce qui fait du Urban and Rural Indigenous Housing Plan for Ontario de l’ONPHA une solution adaptée qui aide les fournisseurs, les personnes et les communautés. » 

Faire en sorte de passer de la stratégie à la réalisation du plan est important pour soutenir les communautés autochtones dans l’élaboration de propositions de projets spécifiques. Le Centre de transformation du logement communautaire a octroyé une subvention de 49 999 $ à la réalisation du plan. Ce dernier est aussi soutenu financièrement par la Société canadienne d’hypothèques et de logement. 

« Dans le cadre de l’engagement de l’ONPHA à défendre la justice et à agir contre le racisme, ce travail est une étape importante pour se rassembler, dit Marlene Coffey, la p.-d.g. de l’ONPHA. Nous sommes très heureux de travailler avec des partenaires dans le but précis de consolider et de soutenir le secteur du logement communautaire autochtone en Ontario. » 

Le partenariat du Centre avec l’ONPHA permettra de faciliter les actions qui mèneront à des propositions et à des initiatives concrètes afin de s’attaquer aux lacunes dans les services et aux défis auxquels font face les communautés autochtones. 

« Des partenariats comme celui-ci sont essentiels pour faire avancer le plan de mise en œuvre, et l’ONPHA est ravie de voir que l’importance de ce travail est reconnue par le soutien reçu de la part du Centre et de la SCHL », affirme Helen Harris, qui dirige le Centre pour l’excellence en habitation de l’ONPHA. 

La première version du plan sera présentée à un rassemblement des leaders du secteur du logement autochtone au cours de la réunion annuelle autochtone de l’ONPHA le 5 mai. Les intéressés peuvent s’inscrire ici

La défense des droits en logement bientôt autochtonisée à Calgary

La défense des droits en logement bientôt autochtonisée à Calgary

Dans le domaine du logement, les réalités autochtones sont souvent ignorées ou mal comprises dans la culture occidentale, et ce, même dans les programmes de défense des droits comme ceux de Rent Smart, qui visent à former et habiliter les locataires. Le Aboriginal Friendship Centre of Calgary réconcilie ces deux mondes en adaptant un programme de Rent Smart afin de faire une place aux cultures et valeurs autochtones.

Éditorial : Le « pas dans ma cour », un phénomène coûteux

Éditorial : Le « pas dans ma cour », un phénomène coûteux

Alors que les annonces des projets qui ont été acceptés dans le cadre de l’Initiative pour la création rapide de logements ont fait les manchettes presque quotidiennement depuis la mi-mars, et que les besoins en logement ont pris les proportions d’une véritable crise, le syndrome du « pas dans ma cour » dans les communautés où ils s’implantent pourrait avoir des conséquences sérieuses.

Itinérance et santé: Le conte de deux quartiers

Itinérance et santé: Le conte de deux quartiers

Le médecin torontois Sandy Buchman, spécialisé dans les soins palliatifs, veut, à l’occasion d’une discussion présentée au congrès 2021 de l’ACHRU, attirer l’attention sur l’importance qu’ont les facteurs sociaux sur la santé. Car la pauvreté, comme la discrimination ou l’exclusion, exerce une influence majeure sur la santé des personnes.

Share This