Un plan pour une ville où il fait bon vivre : la coopérative Glassworks

Dans la brume d’Owen Sound, en Ontario, un projet de fiducie foncière carboneutre prend forme, espérant inspirer et encourager la création partout au Canada de communautés où on trouve des logements modernes et sans but lucratif écologiquement viables.

Situé près de la péninsule Bruce, Owen Sound est un havre pour les passionnés de nature. On y trouve des rivières sinueuses, des parcs vivants et de nombreux sentiers. Pourtant, une ombre plane sur cette ville rurale à environ 200 km au nord-ouest de Toronto.

« Comme de nombreuses villes canadiennes, nous sommes confrontés à une crise du logement qui est liée à la pression sur le marché et à la faiblesse record du stock disponible », raconte Zoë Thurling, membre du conseil d’administration de la coopérative Glassworks.

« J’ai entendu des histoires, vous savez, de 10 personnes [vivant] dans un appartement, donc les besoins sont grands. Par exemple, au cours de la dernière année, le prix des maisons a augmenté de plus de 96 %. C’était une crise avant la COVID-19, et c’est maintenant une urgence. Ainsi, une grande partie du projet [de la coopérative Glassworks] consistait à se demander : “Comment pouvons-nous aider à régler ce problème, et comment pouvons-nous le faire pour ne pas répéter les erreurs du passé?” »

La coopérative Glassworks espère pouvoir commencer la construction du projet dès 2023. Elle serait la plus grande fiducie foncière communautaire carboneutre au Canada, fournissant jusqu’à 300 logements abordables, ainsi que des services et des possibilités d’emploi.

Un plan pour une ville où il fait bon vivre

« Glassworks a vu le jour dans le cadre d’un projet de la Beach Community Energy Cooperative, établie à Toronto. Ils avaient déjà un projet, qui consistait à installer des panneaux solaires sur le toit d’une école publique […] alors ça part de là. Ils nous ont aidés à démarrer », explique Thurling.

En 2018, la coopérative Glassworks a été constituée afin de créer un projet de développement économique et de vie carboneutre, abordable et multigénérationnel. À peine trois ans plus tard, elle a acheté une parcelle de terrain de 46 acres près du campus du Georgian College, d’établissements de santé et d’autres services, et à proximité de sentiers de marche et de vélo faisant le lien vers le centre-ville et le sentier Bruce. Autrement dit, un endroit prisé.

La communauté est impliquée depuis le début, explique la présidente de la coopérative, Kelsey Carriere.

La présidente de la coopérative Glassworks, Kelsey Carriere, sur le terrain où sera construit le projet

« Je pense qu’un des aspects si inspirants de ce projet, et particulièrement par rapport à l’offre en logement, c’est la façon dont nous cherchons en quelque sorte des solutions communes à toutes sortes de problèmes épineux en même temps, comme les changements climatiques, l’abordabilité du logement, l’isolement social et l’équité. Nous donnons réellement le ton pour une nouvelle façon de gérer la crise du logement, de façon holistique. »

La prochaine étape consiste à élaborer et à faire approuver par la municipalité un plan pluriannuel visant à aménager le site pour des logements abordables carboneutres, à produire de l’électricité par des sources renouvelables et à mettre en place d’autres initiatives communautaires.

Lutter contre les changements climatiques

La coopérative Glassworks cherche également à s’attaquer de façon holistique à certains des problèmes les plus urgents de notre époque : les changements climatiques et la crise du logement, en particulier dans les petites villes.

Étant donné que le logement représente une énorme partie de l’empreinte environnementale, et que les bâtiments sont responsables de 13 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada, il est logique que la conception des logements soit étroitement liée au climat.

« La plupart d’entre nous n’ont absolument rien à dire sur la façon dont nos maisons sont construites, souligne Carriere. « Et vous savez, la plus grande partie de notre parc de logements est vieille et a des fuites. Même les nouveaux logements sont construits avec le profit comme principale motivation, et presque rien n’est proposé pour atteindre les objectifs pour le climat. »

Pionnière dans le domaine de l’environnement, la coopérative Glassworks vise à fournir un modèle carboneutre pour d’autres développements au Canada et à l’étranger, ce qui signifie qu’elle produira suffisamment d’énergie pour être autonome et maintenir un équilibre entre les émissions produites et les émissions extraites de l’atmosphère.

« Je pense que le fait d’incarner les valeurs que les gens ont pour l’action climatique dans un projet de logement, c’est un des éléments qui a vraiment été une source d’inspiration pour les futurs résidents et [d’autres] membres de la communauté », ajoute Carriere.

Au-delà des préoccupations environnementales, le projet vise à prioriser les partenariats avec les fournisseurs de logements autochtones dans la communauté.

« Nous avons travaillé fort pour cultiver de bonnes relations et de bonnes conversations avec les partenaires autochtones et pour écouter leurs besoins, explique Thurling. « [Nous] sommes en pourparlers pour aider à créer conjointement ce projet d’habitation et pour aider à créer conjointement des possibilités de formation afin que nous ayons une réponse plus complète à la réconciliation. »

Une première journée portes ouvertes a été marquée par une cérémonie de bénédiction de la terre menée par un membre de la nation ojibway de Saugeen, les gardiens traditionnels de la terre sur laquelle la coopérative Glassworks espère s’établir. Thurling n’aurait pas voulu faire les choses autrement.

« Nous essayons simplement de tisser toutes ces conversations au début, avant de commencer à creuser la terre. »

Vers des mesures concrètes

Le Centre de transformation du logement communautaire a accordé 150 000 $ au projet Glassworks Cooperative Sustainable Housing. Le financement aidera l’organisme à élaborer un plan pluriannuel, à établir des partenariats, à évaluer le potentiel énergétique du site et à faire du lobbying pour obtenir l’approbation de la municipalité.

« La générosité du Centre et de la SCHL change la donne pour ce projet. Jusqu’à maintenant, toutes les dépenses ont été couvertes par des contributions des membres, de l’achat de la propriété à la rémunération de notre avocat et de notre agent immobilier, et tout le travail administratif… »

La subvention servira à embaucher un planificateur, un coordonnateur de projet et un consultant en énergie durable. Ensuite, ils demanderont des fonds supplémentaires à la SCHL et à la Fédération canadienne des municipalités pour développer eux-mêmes certaines parcelles.

« [La subvention nous rapproche de] mesures concrètes en vue de la mise en chantier », déclare Carriere.

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