Consolider l’industrie de l’habitation des Premières Nations, un membre à la fois

Travailler comme gestionnaire de logements auprès des Premières Nations est gratifiant, mais ce n’est pas une mince tâche. L’habitation dans les communautés des Premières Nations présente des réalités uniques avec lesquelles ces gestionnaires doivent composer. C’est pourquoi, depuis 2019, l’Association des professionnels de l’habitation des Premières Nations cherche à professionnaliser cette carrière et à offrir son soutien à ces travailleurs et travailleuses, partout au pays.

Être un gestionnaire de logements n’est pas une tâche facile, mais l’être sur une réserve autochtone — ou auprès d’une clientèle principalement issue des Premières Nations — comprend son lot unique de défis. « C’est un travail intense. C’est un travail très difficile et probablement un des plus difficiles dans nos communautés », admet la directrice générale de l’Association des professionnels de l’habitation des Premières Nations, Candace Bennett.

« Les gestionnaires de logements habitent normalement dans la communauté. Alors, ils ne sont jamais en train de ne pas travailler. Si quelque chose arrive dans le logement d’un locataire; un bris dans l’édifice ou la défaillance d’un système — [parce qu’] il se passe toujours quelque chose —, les gestionnaires des logements peuvent être appelés 24 heures sur 24, 7 jours par semaine. »

Même si les situations varient de communauté en communauté, l’habitation dans les réserves est généralement financée par le gouvernement fédéral et administrée par les conseils de bande. Comme elle possède plusieurs années d’expérience en gestion de l’habitation des Premières Nations, Bennett connaît bien les services aux Premières Nations, ainsi que les obstacles et les défis auxquels font face les gestionnaires de logements.

« Pour pouvoir garder les logements locatifs en bonne condition, il faut planifier, gérer et collecter les loyers ou les droits d’occupation. [Autrement], où allez-vous chercher l’argent pour maintenir ces logements ? »

Alors que les obligations des propriétaires et des locataires hors réserve sont soumises aux lois provinciales ou territoriales, les droits et les responsabilités des locataires dans les réserves sont plus ambigus, et les gestionnaires de logements ont le défi supplémentaire d’être souvent dans la famille, ou d’être amis proches, de ceux et celles dont ils collectent le loyer.

« Si votre conseil approuve une [résolution pour collecter le loyer et gérer les arriérés] et veut que vous l’exécutiez, vous pourriez évincer les membres [de votre communauté], vos tantes, vos oncles, vos cousins, vos amies, votre voisine d’à-côté », explique Bennett.

Mais même si le travail en lui-même peut être intimidant, il peut aussi être très gratifiant. Comme le logement est un sujet très personnel, les professionnels agissent souvent dans des situations complexes, où ils ont l’occasion de jouer un rôle important dans leur communauté.

Ils et elles sont des travailleurs et des travailleuses de première ligne qui doivent connaître leur clientèle et qui, comme dans n’importe quelle autre profession, ont besoin de soutien et de formation pour développer et enrichir leurs compétences.

C’est la raison pour laquelle l’Association des professionnels de l’habitation des Premières Nations a été créée.

Candace Bennett est directrice générale de l’Association des professionnels de l’habitation des Premières Nations

Combler les lacunes

En 2018, deux douzaines de professionnels de l’habitation de partout au pays se sont réunis dans le cadre d’un incubateur en gestion de l’habitation pour discuter des défis uniques auxquels font face les gestionnaires de logement des Premières Nations. Il est apparu évident qu’il était nécessaire d’établir un groupe national, non seulement pour rehausser le profil et la capacité de la discipline de la gestion de l’habitation, mais aussi pour combler les lacunes en formation et pour établir de nouvelles normes et compétences.

« Je travaille dans l’industrie depuis 22 ans maintenant. Et plusieurs des membres de notre conseil d’administration ont 20, 25, 35 [ans d’expérience] », dit Bennett.

« Je crois que ce qui a réellement été mis en lumière [pendant] les réunions de l’incubateur en gestion de l’habitation, c’est le manque d’éducation et de formation pour les gestionnaires de logements, et [le fait que ce] cheminement de carrière n’est pas reconnu pour ceux et celles qui le poursuivent. »

Ainsi, l’organisme sans but lucratif Association des professionnels de l’habitation des Premières Nations a été incorporé en 2019 dans le but d’offrir le leadership et le soutien qui manquaient aux gestionnaires de logements travaillant dans les réserves ou principalement auprès de membres des Premières Nations.

Dirigé par un conseil d’administration dont les membres fondateurs sont des professionnels de l’habitation et un  spécialiste en éducation des Premières Nations, l’APHPN fait la promotion des « normes de qualité, des pratiques, des processus de certification et des possibilités de perfectionnement professionnel pour augmenter la capacité à l’intention de ses membres et des établissements des Premières Nations », comme on peut le lire sur son site Web.

Bien que l’éducation soit un élément important, les professionnels de l’habitation qui ne souhaitent pas suivre les cours professionnels en habitation des Premières Nations ou obtenir une certification peuvent tout de même profiter de l’adhésion à l’association, par exemple en ayant l’occasion de faire du réseautage avec des gens qui partagent leurs intérêts. Pour Bennett, pouvoir échanger avec des pairs rend le travail encore plus gratifiant.

« Nous avons un cercle de connaissances très développé, qui est disponible pour tous nos membres, [de même que] plus de 400 ressources en anglais, avec leurs équivalents [en] français. »

Regarder vers l’avenir

Le principal but de l’APHPN est de consolider les compétences des organisations des Premières Nations au Canada en matière de gestion de l’habitation. Les membres certifiés ont accès à tous les outils dont ils et elles ont besoin pour maximiser leur utilisation des ressources et pour proposer des programmes de qualité, tout en bénéficiant d’un réseau de soutien qui comprend réellement la nature complexe, mais extrêmement gratifiante, de la tâche.

Et l’avenir est prometteur.

« Dans les cinq prochaines années, j’imagine un réseau de 250 à 300 professionnels de l’habitation des Premières Nations, affirme Bennett. Bien sûr, nous ne nous concentrons pas seulement [sur le travail] dans les réserves. Nous voulons que la profession embrasse toute l’industrie de l’habitation des Premières Nations. J’adorerais voir que toutes les parties de l’industrie de l’habitation des Premières Nations soient représentées. »

Pour en savoir plus sur l’Association des professionnels de l’habitation des Premières Nations ou pour devenir membre, visitez le www.fnhpa.ca

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