Horizon Housing : appuyer les locataires autochtones

Une étude sur les raisons pour lesquelles les résidents autochtones d’un organisme à but non lucratif de Calgary représentent près de la moitié des « départs involontaires » (alors qu’ils ne forment que 10 % des locataires) montre que l’isolement et les stéréotypes contribuent à un sentiment d’aliénation.

«J’ai 56 ans ; je ne suis pas un enfant ! Des déclarations condescendantes comme celle-là me ramènent au pensionnat », raconte un résident autochtone, à propos d’une interaction avec un gérant d’immeubles. Un autre locataire décrit le racisme dont il est victime quotidiennement de la part de résidents non autochtones : « Parfois, ils me disent : “As-tu bu tout ton médicament contre la toux aujourd’hui ?” »

Voilà quelques-unes des expériences décrites dans le rapport intitulé Appuyer les résidents autochtones chez Horizon Housing

Situé à Calgary, en Alberta, Horizon Housing est un fournisseur de logements abordables à but non lucratif qui possède et exploite plus de 800 logements répartis dans 19 bâtiments, ainsi que neuf foyers de groupe supervisés.

Les résidents autochtones d’Horizon Housing ont plus de difficultés à y demeurer que leurs semblables non autochtones. Nick Falvo, consultant en recherche basé à Calgary, a été chargé de mener des entretiens individuels et des groupes de discussion avec des résidents autochtones d’Horizon Housing et des spécialistes du sujet afin de comprendre la situation.

Plus précisément, l’objectif du rapport était de découvrir les raisons, et de trouver des solutions, pour le nombre disproportionné de départs involontaires de locataires autochtones.

Un départ involontaire est défini comme le départ d’un locataire d’un bâtiment d’Horizon pour motif d’expulsion, de non-paiement, d’incident grave ou lorsqu’Horizon choisit de ne pas renouveler le bail. Bien que l’on s’attende à des départs involontaires, les Autochtones représentent seulement 10 % des résidents d’Horizon Housing, mais constituent 44 % des départs involontaires. 

Locataire et Autochtone à Calgary

Les conclusions les plus marquantes du rapport font état d’une distance entre les résidents autochtones, le personnel et les résidents non autochtones.

« Des locataires m’ont demandé de la drogue. Hier soir, on m’a demandé de la drogue. J’ai deux enfants ici avec moi. Ils ont 3 et 4 ans », a déclaré un résident.

Ces résultats sont représentatifs d’un problème plus vaste concernant les préjugés raciaux et les malentendus culturels qui ont des conséquences désastreuses pour les Autochtones vivant à Calgary. Un rapport de 2019 explorant leurs expériences dans cette ville dresse un tableau sombre impliquant des stéréotypes racistes chez les propriétaires (avec des inquiétudes quant aux habitudes des Autochtones dans les réserves, comme la proximité intergénérationnelle et le non-paiement du loyer), un manque de soutien pour les personnes qui passent de la réserve à la ville, et de longues listes d’attente pour les logements subventionnés.

 « Les propriétaires condamnent le mode de vie dans les réserves et dépeignent les personnes qui quittent la réserve pour la ville comme mal préparées à la vie urbaine. » Ils craignent « que les locataires autochtones invitent inévitablement leur famille à rester en permanence ou qu’un grand nombre de membres de la famille non invités arrivent et ne repartent jamais, » affirme le rapport. 

De plus, bien que 10 % de la population de Calgary ait des besoins impérieux en matière de logement, ce qui peut être défini comme un ménage dépensant plus de 30 % de son revenu brut pour se loger ou vivant dans des logements dangereux et inadéquats, le pourcentage s’élève à 17 % pour les ménages autochtones.

Les résultats

 « Trois thèmes dominants sont ressortis des entretiens avec les résidents autochtones au cours de la présente étude », écrit Falvo.

Le premier décrit un fort désir d’activités culturelles régulières associées à la participation d’aînés ou de personnel autochtone. Un spécialiste du sujet a expliqué que « de nombreux ménages autochtones sont déconnectés de leurs origines et ont appris sur leur culture dans les médias, ce qui n’est pas une bonne façon de connaître la culture autochtone ».

Certains des locataires interrogés ont suggéré que le fait d’être présenté à d’autres locataires autochtones pourrait les aider.

Une deuxième question relative à la purification par la fumée a été soulevée : les locataires non autochtones ignorent souvent la signification culturelle de cette pratique courante qui consiste à brûler des herbes comme la sauge ou le cèdre pour purifier et éloigner les énergies négatives.

Les résidents ont avancé que leur désir de purification par la fumée était neutralisé par leur crainte que l’odeur ne soit confondue avec celle de la drogue. « Je suis inquiet de brûler de l’herbe sainte. Des gens ont appelé la direction pour dire qu’ils pensaient que nous fumions de la drogue », a déclaré un résident.

La peur d’être jugé est amplifiée, car Horizon Housing n’a pas de règles claires concernant la purification par la fumée.

Le troisième thème principal concerne la présence fréquente de la police dans les bâtiments d’Horizon, ce qui rend les résidents mal à l’aise.

Les relations tendues entre la police et les Autochtones ont des racines qui remontent à plusieurs générations. Certains rapports révèlent qu’une personne autochtone risque dix fois plus d’être abattue par un policier qu’une personne non autochtone. Il n’est pas surprenant que les Autochtones fassent moins confiance à la police que les non-Autochtones, selon une autre étude de Statistique Canada.

Un participant à un groupe de discussion a conclu que « beaucoup d’Autochtones ont des expériences négatives avec les agents de la force publique. Il y a donc une véritable peur. Ils craignent d’avoir des ennuis, que ce soit avec la police ou avec leur voisin. C’est une bonne chose que des agents de liaison avec la police viennent aux réunions avec les résidents ».

La voie à suivre

Il n’est peut-être pas surprenant que certaines des recommandations politiques mettent l’accent sur le développement de la communauté, en insistant sur les pratiques et les programmes culturels.

Lorsqu’un grand nombre d’Autochtones ont commencé à s’installer dans les centres urbains au milieu des années 1950, des centres d’amitié ont été créés pour offrir à la population urbaine autochtone une communauté, des conseils et des programmes culturels essentiels.

« Votre résidence est votre nid. Votre nid est votre foyer. C’est là où vous guérissez, dormez, où votre famille grandit, note Melissa Roy, directrice des opérations du Centre d’amitié autochtone de Calgary, dans un article traitant de l’importance d’autochtoniser les documents de location. Si vous ne faites pas ce lien, la compréhension du matériel [de formation] peut se perdre dans les conceptions occidentales du logement et de ce à quoi ça doit ressembler. »

 « Ce n’est pas tout le monde qui parle de la même façon, qui a les mêmes références. Et, encore plus important, les expériences de vie sont différentes. Si tu pars d’une réserve pour aller en milieu urbain, c’est un choc culturel en soi. Le mode de vie sur la réserve est intergénérationnel. Quand tu arrives en ville, les mêmes appuis ne sont pas facilement accessibles. »

Ces observations correspondent tout à fait aux 10 recommandations de Nick Falvo visant à réduire les départs involontaires pour les résidents autochtones d’Horizon Housing.

L’accent est mis sur le renforcement des partenariats existants avec les organismes à but non lucratif de Calgary, ainsi que sur la recherche de nouveaux partenaires pour offrir le soutien nécessaire. Parmi les suggestions, notons une meilleure formation du personnel, la prévention du crime par l’aménagement de l’environnement et l’embauche d’un agent de liaison autochtone. Un sondage annuel mené auprès des résidents autochtones d’Horizon permettrait d’évaluer si ces propositions sont efficaces. 

 Pour lire le rapport : ici.

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