Réparer les mailles du filet de sécurité sociale dans les Maritimes

Nov 3, 2020 | actualités croissance du secteur

Renée a commencé sa carrière avec les Grands Frères Grandes Sœurs du Grand Moncton. Elle a plus de 30 ans d’expérience dans des organismes à but non lucratif et de bienfaisance. Passionnée de curling, Renée est encore plus enthousiaste à l’égard des changements  culturels qui s’opèrent dans les Maritimes.

Depuis que j’ai commencé à travailler au Centre, j’ai beaucoup appris sur le secteur du logement communautaire — et à quel point il est complexe. J’ai parlé à des gens et j’ai fait mes propres recherches ; il en ressort que les Maritimes ont la population la plus âgée du Canada. Ainsi, le problème est double : les fournisseurs de logements, les conseils d’administration, etc., sont des personnes âgées, pour la plupart. Qu’arrivera-t-il de la succession ? Que se passera-t-il ensuite ? Qui va prendre la relève ? Avec notre population vieillissante, le besoin de logements abordables constitue le deuxième enjeu. Ces problèmes représentent les deux faces d’une même médaille. En plus, dans les Maritimes, le secteur du logement communautaire n’est pas organisé comme en Colombie-Britannique, au Québec ou en Ontario. Il nous manque un cadre commun : nous comptons beaucoup de fournisseurs et d’organisations de logements, mais, malgré les liens, nous manquons d’associations pour rallier les troupes.

Les droits des locataires varient d’une province à l’autre et d’un territoire à l’autre : certains endroits ont des systèmes robustes, alors que d’autres offrent très peu de protection aux locataires. À quoi ressemble le portrait des droits des locataires dans les Maritimes ?

Les lois du Nouveau-Brunswick semblent s’en prendre aux locataires. Par exemple, il n’y a pas de limite à l’augmentation du loyer, bien que le propriétaire ait l’obligation d’envoyer une lettre de préavis deux à trois mois, selon le bail, avant de changer le prix de location. Les locataires avec un bail mensuel sont souvent plus vulnérables. Au Nouveau-Brunswick, après cinq ans de location, le contrat est considéré à long terme et les lois applicables changent : il est alors beaucoup plus difficile d’expulser le locataire. De même, en Nouvelle-Écosse, il n’y a pas de règlement sur la hausse permise aux propriétaires. L’Île-du-Prince-Édouard, applique un système de contrôle des loyers : l’augmentation est limitée à un montant ou un pourcentage. En général, les lois pour les locataires dans les Maritimes ne sont pas aussi définies que dans les grandes provinces. L’intérêt de mettre en place des ententes plus équitables est bien présent, mais il reste beaucoup de travail à faire. C’est excitant de découvrir ce genre de choses, car on comprend les bénéfices importants pour le secteur du logement et combien ils peuvent aider nos citoyens.

Quelle est la situation de l’itinérance ?

J’ai grandi à Moncton où vivait un sans-abri que tout le monde connaissait : Eddie. Il est mort il y a longtemps, mais on lui avait réservé d’énormes funérailles. C’était grandiose : la totale ! (Je me demande qui a payé pour cela). Même les médias en avaient parlé. Aujourd’hui, Moncton compte 300 sans-abris, soit le double de l’an dernier. À Halifax, je n’ai pas les chiffres exacts devant moi, mais on dénombre environ 125 sans-abris. À l’Île-du-Prince-Édouard, les autochtones ne représentent que 2 % de la population, mais représentent 14 % des sans-abris. Voilà plusieurs signaux d’alarme. En somme, l’itinérance dans les Maritimes jusqu’à récemment n’était pas un problème flagrant, il n’était pas visible, alors que maintenant on peut facilement « voir » le problème. Pareil dans le reste du Canada.

La situation a dégénéré à un point tel, qu’il faut faire face à ce véritable problème social dans les Maritimes. La vieille formule « Oh, il est tombé entre les mailles du filet » ne suffit plus. Le besoin en logements abordables est bien réel.

Quelles sont les causes de la hausse de l’itinérance ?

Je ne pense pas qu’il y ait des causes spécifiques aux Maritimes pour expliquer la hausse de l’itinérance. Partout au Canada, le développement des logements abordables a été inadéquat. Nous vivons maintenant les conséquences de cette négligence à l’échelle du pays. Les Maritimes vivent aussi cette nouvelle réalité. C’est pourquoi nous devons appuyer les organisations qui travaillent d’arrache-pied pour fournir les services dont les itinérants ont tant besoin. Ainsi, je pense que le rôle du Centre est très important, particulièrement dans ce domaine. Les organismes ont besoin de ce soutien pour renforcer leurs capacités.

Au Centre, nous nous efforçons de diffuser l’information sur les subventions et encourageons les organisations à en demander. Quels sont les défis que vous avez rencontrés dans votre travail ?

Le logement communautaire est le secret le mieux gardé dans les Maritimes. Quand j’ai débuté au Centre, j’ai cherché des organismes pour les informer que nous donnions du financement ; j’avais l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin. J’ai du mal à trouver des fournisseurs de logements sociaux. Si j’étais à la recherche d’un logement abordable à louer, j’ignore comment je m’y prendrais. Certaines coopératives sont présentes en ligne, avec un site Web ou une page Facebook, mais d’autres n’ont aucune visibilité. Et c’est un enjeu national, qui sera bientôt traité, j’espère, afin que le secteur du logement de s’organise plus efficacement.

Outre le logement, quels sont les autres changements que vous avez observés dans les Maritimes ?

À cause du travail, je manque toujours les célébrations de la fête du Canada. Pour la première fois depuis des années, j’ai pu y assister en juillet dernier et j’ai été surpris de voir la diversité dans la foule. En regardant mon mari, j’ai dit « Voilà à quoi ressemble le Canada. » Après tout, nous avons besoin de plus de diversité, nous avons besoin d’immigrants, nous avons besoin de gens pour s’installer ici, pour stimuler l’économie, particulièrement en regard à notre population vieillissante. Halifax est historiquement la ville la plus diversifiée, mais le visage des Maritimes change, et je trouve ça passionnant !

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Renée Hébert est chargée de programme pour la région des Maritimes. Elle a commencé sa carrière chez les Grands Frères Grandes Sœurs du Grand Moncton, d’abord comme prestataire de services puis comme directrice générale. En 2006, elle a été embauchée par les Grands Frères Grandes Sœurs du Canada à titre de directrice générale des régions de l’Atlantique et du Québec. Renée a finalement pris le rôle de directrice nationale, assurance qualité et efficacité, responsable de la mise en œuvre et de la croissance du Programme national d’accréditation et des normes.

Renée est bénévole pour Imagine Canada depuis de nombreuses années, d’abord à titre de réviseure. Elle est actuellement membre du conseil des normes d’Imagine Canada. Renée possède un diplôme en études sur les enfants de l’Université Mount Saint Vincent à Halifax et vit à Moncton. Elle est parfaitement bilingue. Dans ses temps libres, Renée joue au curling.

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