2021/12/06 | actualités éditorial

Éditorial: Le logement se trouve un chez-soi dans le cabinet Trudeau

La nomination d’Ahmed Hussen comme ministre du Logement, de la Diversité et de l’Inclusion donne espoir quant à la volonté du gouvernement fédéral de faire bouger les choses. Mais qu’est-ce que ça signifie, au juste? Des acteurs impliqués dans le secteur du logement communautaire, notre directeur général Stéphan Corriveau et le consultant indépendant Steve Pomeroy ont réfléchi aux implications de ce changement.

Bonjour,

La nomination d’un ministre dédié au logement est un avancement important dans le travail du nouveau gouvernement de Justin Trudeau, qui a débuté le 22 novembre dernier.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que le gouvernement Canada a nommé un ministre pour s’occuper du logement. Mais cela faisait longtemps. Et cela montre qu’il y a une volonté de ramener à l’avant-plan cet enjeu, qui touche tant de personnes.

Le Centre s’est réjoui de savoir qu’Ahmed Hussen pourra dédier encore plus d’énergie aux questions de logement dans son nouveau poste au sein du cabinet Trudeau.

C’est un choix dans la continuité : le ministre Hussen était déjà responsable du logement depuis 2019, mais en tant que ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social. Il a donc déjà une connaissance du milieu (autant professionnelle que personnelle, le ministre ayant habité dans un logement social après son arrivée au Canada en tant que réfugié de la Somalie), et son expérience lui permettra de s’attaquer rapidement à la tâche.

Mais qu’est-ce que ça signifie, plus concrètement, qu’un ministre soit spécialement assigné aux questions du logement?

Selon notre directeur général, Stéphan Corriveau, cette nomination est une affirmation publique que le gouvernement fédéral prend la question du logement au sérieux.

Cela veut aussi dire, selon Stéphan, que le mouvement du logement communautaire doit « continuer et aller plus en profondeur dans sa collaboration avec le ministre », pour faire valoir des solutions pérennes pour le milieu du logement communautaire et pour la stabilisation du stock de logements locatifs abordables — au-delà des mesures favorisant l’abordabilité du logement en général.

Pour l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance, la Fédération de l’habitation coopérative du Canada, le Réseau canadien de leadership en matière d’expérience vécue et l’Association canadienne d’habitation et de rénovation urbaine (les quatre organisations derrière la campagne Votez Logement), la nomination du ministre Hussen a donné de l’espoir aux Canadien.ne.s qui veulent plus d’action pour le logement abordable et qui souhaitent la fin de l’itinérance.

Des voix unies

Les directeurs et/ou présidents de ces organisations (respectivement Tim Richter, Tim Ross, Al Wiebe et Jeff Morrison) ont publié une déclaration commune dans laquelle ils disent voir de bon augure le fait que le ministre Hussen pourra dorénavant concentrer son énergie sur le logement.

Ils soulignent aussi le fait que le logement soit lié aux questions de diversité et d’inclusion au sein du même ministère. Cela, disent-ils, « est le reflet des personnes qui sont les plus touchées par la crise du logement, et un signal prometteur de la façon dont le gouvernement fédéral pourrait cibler ses investissements dans le logement. »

Nous avons aussi tenu à obtenir l’avis de Steve Pomeroy (un consultant indépendant bien connu dans le milieu et spécialiste en recherche sur les politiques et stratégies de logement) au sujet de la création du ministère du Logement, de la Diversité et de l’Inclusion. Car, même si on se réjouit de cette avancée, il est important de la considérer avec perspective.

Un aspect intéressant de la nomination d’Ahmed Hussen, selon Steve Pomeroy, est que le logement est maintenant soutenu par Infrastructure Canada (au lieu d’Emploi et Développement social Canada, comme auparavant). « Je crois que ça peut être très efficace », affirme le chercheur. « Cela envoie un signal assez fort que le gouvernement est plus intéressé par la façon dont il peut intégrer les questions de logement aux questions urbaines. »

Par contre, la nomination d’Ahmed Hussen « est un message un peu ambigu », dit-il. « D’un côté, oui, le gouvernement reconnaît qu’il voit le logement comme quelque chose d’important, et il veut poursuivre un programme. Mais en bout de ligne, est-ce que [ce ministre] aura une voix assez forte au sein du cabinet et la capacité de mettre en œuvre ce mandat ? »

En d’autres mots, il faudra voir ce que le ministre Hussen aura la capacité de faire alors qu’il possède un petit portefeuille et qu’il n’exerce pas la même influence que d’autres ministres plus établis.

Steve Pomeroy suggère qu’il sera très important pour lui de créer des liens au sein du cabinet, particulièrement avec la ministre des Finances. « Parce qu’en bout de ligne, c’est [ce] ministère qui prend toutes les grandes décisions. »

Aussi, l’expert en politiques de logement suggère qu’il sera important, pour les groupes de défense du droit au logement, de ne pas seulement cibler le ministre Hussen avec leurs demandes, mais aussi d’autres ministres du cabinet. Eux aussi doivent comprennent les enjeux.

Finalement, Pomeroy rappelle que pendant longtemps, il y a eu de « longues, longues, longues discussions [au sujet du logement] et peu d’action. Je crois que ce ministre doit monter dans l’autobus, commencer à bouger, et faire avancer les choses. »

D’ailleurs, une des choses à faire bouger rapidement serait de procéder à la nomination du défenseur fédéral du logement, rappelle Stéphan Corriveau. Un poste qui, deux ans après sa création, n’a toujours pas été comblé. En outre, il est « est plus que temps qu’il y ait une stratégie spécifique destinée aux Autochtones, particulièrement ceux en milieu urbain, rural et nordique », poursuit Stéphan.

Le logement dans le discours du Trône

La lettre de mandat, qui esquisse ce que le ministre Hussen devra accomplir, n’a pas encore été publiée, et nous avons hâte de la lire.

Cependant, le discours du Trône, prononcé par la gouverneure générale Mary Simon le 23 novembre dernier, intitulé Bâtir une économie résiliente : un avenir plus propre et plus sain pour nos enfants, indique que « le plan du gouvernement [pour continuer à lutter contre l’augmentation du coût de la vie] inclut deux priorités : le logement et les services de garde d’enfants. »

On y parle de « construire davantage de logements chaque année, d’augmenter le nombre de logements abordables [et] d’éliminer l’itinérance chronique ». Le gouvernement s’engage de plus à « travailler avec ses partenaires pour obtenir des résultats concrets. »

De quoi avoir espoir que les choses bougent dans la prochaine année, pour une plus grande réalisation du droit au logement au Canada.

Bon mois de décembre.

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