Nos voix pour des toits : un balado pour parler du logement social et communautaire

Des locataires de deux régions du Québec utilisent le pouvoir de la baladodiffusion pour communiquer avec d’autres locataires — et le public — afin de les informer de leurs droits et du rôle du logement social et communautaire dans l’accès à des milieux de vie abordables. Avec quatre épisodes déjà diffusés, Nos voix pour des toits renforce déjà l’autonomie des locataires et leur donne une voix qui porte.

Comment mieux faire connaître le logement social et communautaire, sensibiliser les élu.e.s et le grand public à la crise du logement et impliquer activement des locataires dans le processus? La Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie (FROHME) a trouvé un moyen particulièrement emballant pour accomplir ces buts : la création du balado Nos voix pour des toits.

« C’est la première fois que je fais un projet balado. Je ne savais même pas c’était quoi, un balado! », s’exclame Heather Carson, qui participe bénévolement au projet, dans une rencontre sur Zoom. « Je trouve ça super enrichissant et j’aime ça au boutte! », poursuit-elle. L’enthousiame d’Heather est hyper contagieux. On le sent et, surtout, on l’entend en écoutant les épisodes de Nos voix pour des toits auxquels elle participe.

Nos voix pour des toits est un projet balado de huit épisodes d’environ 45 minutes chacun, pensé et réalisé par la Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie (FROHME) et suscitant la participation de locataires. Il traite du logement social et communautaire et de la crise du logement dans le contexte de ces deux régions du Québec, mais s’aventure aussi de façon plus générale à des concepts touchant toute la province.

Heather a depuis longtemps son chez-soi dans l’OSBL d’habitation Aux Baux Soleils à Châteauguay, une ville située à une vingtaine de kilomètres de Montréal. Elle est impliquée « all-in », souligne Marc-Olivier Cholette, qui produit le projet de balado. « Pour vrai. Elle est partout, dans plein de comités, sur des CA [comme celui de la FROHME]. Elle a vraiment ça à cœur. »

« Ça », c’est la justice sociale et son désir d’aider. Son parcours de vie l’a amené à vivre en coopérative d’habitation et à retourner sur le marché privé avant de connaître des difficultés. « J’ai été dans la rue complètement, je n’avais plus de logement, plus rien. Je ne sais même pas comment j’ai fait pour avoir ça ici », raconte-t-elle. « J’ai fait l’application, ils m’ont appelé, j’ai fait l’entrevue, ils m’ont pris. Depuis ce temps-là, je m’implique à 100 %. »

Heather s’estime chanceuse d’avoir un logement subventionné. « Il y a tellement de monde qui ont besoin de logement et qui n’en ont pas. J’ai ça à cœur au boutte que tout le monde puisse avoir un beau logement à bas prix. J’aimerais ça que tout le monde puisse avoir ce privilège-là », dit-elle.

Un outil d’information…

Le premier épisode, mis en ligne en juin, traitait de l’historique du logement social et communautaire au Québec. Le deuxième, de la crise du logement. Le troisième, sorti à la fin du mois d’octobre, parlait du rôle des municipalités dans le développement social et communautaire. Le quatrième est prévu pour décembre.

L’équipe réalise un épisode à chaque deux mois, et, devant l’abondance du contenu, elle a aussi décidé de produire quelques épisodes hors-série.

Le projet est bien documenté et sollicite la participation d’invité.e.s, comme des élu.e.s (municipaux et provinciaux) ou des leaders du milieu du logement social, tels que François Saillant, ancien coordonnateur et porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

Le balado a deux grandes missions, selon Marc-Olivier Cholette. D’abord, de vulgariser et de promouvoir le logement social, notamment dans le but de briser les préjugés qui persistent à son égard. Ensuite, il permet de démystifier le fonctionnement des OSBL d’habitation et de donner des outils aux locataires de tous types de logements, entre autres par rapport à leurs droits.

(De gauche à droite) Heather et Denise, deux membres du comité de bénévoles, et le producteur du balado, Marc-Olivier Cholette, pendant l’enregistrement du troisième épisode.

Le projet se base sur la participation de bénévoles qui résident, pour la plupart, dans des organisations à but non lucratif d’habitation. Pour l’instant, ce comité — qui est en constance mouvance et qui accepte encore des participant.e.s — est composé essentiellement de femmes, et elles sont une quinzaine à donner de leur temps en fonction de leurs disponibilités. Elles participent à différentes étapes de la réalisation des épisodes, dont l’idéation et la recherche. Puis, accompagnées par Cholette, elles enregistrent leurs voix.

« [La première fois que j’ai parlé au micro] je capotais! », s’exclame Heather. « Je me suis sentie importante. »

Le Centre de transformation du logement communautaire a octroyé 110 000 $ au projet, par l’entremise du Fonds d’initiative d’aide communautaire aux locataires.

D’après Marc-Olivier Cholette, le balado a été écouté environ 3500 fois jusqu’à maintenant, et son auditoire s’agrandit à chaque nouvel épisode.

… et d’empowerment

Pierrette Pierre-René est une autre participante au projet. Après l’abolition de son emploi alors qu’elle était en congé de maternité, elle a voulu déménager de Montréal à Châteauguay. Elle s’est aussi trouvé un logement Aux Baux Soleils.

Cela lui a permis de changer de vie.

« Pour moi, venir à “Baux Soleils”, c’est comme un point de départ. Non seulement ça m’a permis d’économiser beaucoup d’argent [mais] je suis retournée aux études [et] ça m’a permis de retourner travailler. »

Pourtant, les préjugés envers les habitants de logements sociaux, et contre lesquels se bat le balado, Pierrette les connaissait elle aussi.  

« Je me sentais jugée parce que les gens étaient jugés. Non seulement on s’autojuge, mais on juge aussi les gens. [Au début] je sortais [et rentrais de l’immeuble] par en arrière. Je limitais les contacts », admet-elle.

« C’est vraiment cette année, avec le balado, que je peux dire que […] je suis à ma place. J’ai rien à me reprocher, et pourquoi je serais gênée? Je suis fière qu’on m’ait proposé de participer au balado. Ça m’a fait chaud au cœur. »

Pierrette trouvait important de parler de sa réalité en tant que femme de couleur et de faire connaître son expérience, qui a été positive. « Je voulais casser les barrières. Il y a des histoires vraiment bien, des gens vraiment accomplis […] Il n’y a rien de mal à habiter [dans un OSBL d’habitation]. Ça ne veut pas dire que tu ne peux pas t’en sortir. »

***

Vous pouvez écouter les épisodes de Nos voix pour des toits sur différentes plateformes d’écoute en ligne, en cliquant ici.

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